Laëtitia-May LE GUELAFF
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« Once upon The Wolf…»

« S’il n’existait point d’animaux, la nature de l’homme serait encore plus incompréhensible. » Buffon



Ce n’est pas tant l’idée de fictionner qui transparaît dans mon approche plastique mais bien plutôt l’idée d’user des images (cinématographiques, littéraires ou artistiques) constituant mon imaginaire pour aborder des questions symptomatiques plus violentes. Le tout à travers de nombreuses recherches textuelles et iconographiques tant historiques, philosophiques, mythologiques, scientifiques, éthiques, qu’artistiques.

L’un des aspects de mes préoccupations plastiques, concernant le jeu d’attraction /répulsion entre l’être humain et l’animal mais également entre les matériaux eux-mêmes, se traduit par une pratique sculpturale, ancrée dans la « tradition d’atelier », avec une profonde implication et confrontation à la matière.
Le thème abordé est plus facilement traité par le biais d’hybridations, de chimères ou tout autre forme liant organique et mécanique.
En s’appuyant sur des évocations légendaires de bêtes mythiques, certaines hybridations deviennent l’incarnation de nos peurs et de nos angoisses. Les hommes ont toujours eu tendance à se servir des bêtes pour stigmatiser leurs erreurs, les monstruosités tant sociales que politiques.
L’utilisation de la figuration animale (d’une partie ou d’un tout) trouve également son intérêt dans le potentiel de dangerosité incluse dans ces formes et qui met à jour l'agressivité constitutive de notre propre nature humaine. Cette tendance à vouloir posséder, asservir, maîtriser ou tuer son prochain constitue une menace pour la survie des sociétés humaines.

Certaines de mes expérimentations abordent les limites de la fracture entre l’homme et l’animal. A travers ce questionnement, c’est une quête, une recherche identitaire qui se détache. Vivre avec le sentiment que « ce qu’on est » n’est que « ce à quoi on ressemble », c'est vivre dans l’ambivalence et dans le perpétuel questionnement d’une identité double et trouble. C’est occulter l’autre en soi, c'est occulter la Bête.
Mais parfois, caché derrière le masque ou derrière l'animal lui-même, l'homme parvient à s'évader de sa nature/condition humaine, il s’identifie à la bête, en absorbe ses caractéristiques, ses capacités et acquiert ses vertus. Dans toute forme d'imagerie mythologique ou bien dans les contes, les animaux sont une sorte de personnification, une projection de nos comportements. L'animal, parfois perçu comme le substitut de la peluche, parfois comme une arme, me permet une certaine incarnation. Il devient un double négatif symbolisant les pulsions refoulées et les mouvements de l’inconscient, un support à l’expression des angoisses liées au corps et aux préoccupations liées aux enjeux de l’identité.


Comment certaines formes peuvent renvoyer à différents imaginaires, à une véritable thématique personnelle, du poétique à l’horreur ? Comment peut-on interroger leur plausibilité autre qu’à travers une mise en situation dans la nature ?

Entre mythologie et réalité sociétale, entre classicisme et contemporanéité, où se situent les limites de la fracture entre l’homme et l’animal ? Comment isoler, gérer et intégrer plastiquement le conflit entre l’animalité et l’humanité de l’homme ? Comment traiter le fait que l’homme ait été séparé du non-homme et l’animal de l’humain ?




Références artistiques, littéraires et cinématographiques: Louise Bourgeois, Kiki Smith, Jana Sterback, Hélène Chadwick, Rebecca Horn, Barbara Hepworth, Mathew Barney, Ian Fabre, Anish Kapoor, Brancusi, Cathy de Monchaux, Lynda Bengalis (« Parenthesis » 1975), Eva Hesse, Claude Cahun, Oleg Kulig, Annette Messager, Jeff Koons, Installation d’Ivan Kafka « From Nowhere to Nowhere » pour la biennale de Venise 2000. William Blake, Edgar Allan Poe, Oscar Wilde, Hitchcock, David Cronenberg, Tim Burton, Hayao Miyazaki, Jean-Pierre Jeunet, Christophe Gans, James Cameron…